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06/11/2016

SEBA DORSO ET MARCOS MONK EN CONCERT A LEGUILLAC-DE-CERCLES

Pour leur première tournée européenne intitulée "Al otro lado del mundo" (titre inspiré d'une de leurs chansons), du 30 octobre au 12 novembre, les musiciens argentins Seba Dorso et Marcos Monk ont choisi trois dates en France : Paris et la Maison de l'Argentine, comme il se doit, Toulouse, une ville hispanophile et, plus surprenant mais pour le plus grand plaisir des Périgourdins, Léguillac-de-Cercles. Comme l'explique Yamila Galicer, leur chargée de communication, il s'agissait de faire connaître ce duo auprès de nouveaux publics et de s'adresser à des lieux prêts à accueillir des artistes peu connus en Europe. Léguillac-de-Cercles avait déjà programmé des musiciens latino-américains et c'était l'occasion de proposer aux artistes de jouer dans un lieu adapté à leur formation musicale et original pour des Argentins dont le pays compte peu de cafés associatifs. La proximité du public était pour les musiciens un atout majeur pour mieux faire connaître leur art.

Habitués à donner des concerts à Buenos Aires dont ils sont originaires mais aussi dans les provinces du pays, ils jouent pour un public de grandes salles mais aussi dans des lieux plus intimistes qu'ils affectionnent particulièrement où ils apprécient la qualité d'écoute du public. Celui-ci était d'ailleurs très attentif tout au long du concert, ce soir du 4 novembre, et prêt à traduire les explications en espagnol de Seba Dorso, même s'il a eu la gentillesse de s'exprimer en français pour présenter le concert.
Très fiers de pouvoir jouer pour la première fois hors des frontières de leur pays, ils ont expliqué après le concert que le fait d'avoir assuré la première partie des concerts des musiciens brésiliens Giberto Gil et Caetano Veloso au stade Luna Park de Buenos Aires en septembre 2015 leur avait ouvert beaucoup de portes. Les jeunes gens se sont rencontrés durant leurs études musicales il y a 18 ans. Ils sont aujourd'hui enseignants dans des écoles publiques du pays. Après avoir beaucoup joué avec différents musiciens, ils ont décidé il y a 8 ans de fonder leur groupe pour créer leurs propres compositions. En 2011, ils ont sorti leur premier album, Los tiempos de empezar, marqué par les influences de la musique traditionnelle argentine et plus généralement latino-américaine.
Les Argentins affectionnent encore beaucoup cette musique folk ou traditionnelle alors que les Européens ont depuis longtemps pris des distances avec leur propre répertoire traditionnel. Abordant le célèbre tango, ils ont expliqué qu'il comprenait trois formes musicales (le tango lui-même, la valse et la milonga) dont il ont donné un exemple de chacune au cours de la soirée, invitant même le public à danser, ce qu'il a fait en fin de concert.
Le moment était aussi propice pour apprendre aux spectateurs, venus nombreux applaudir ces musiciens issus de contrées lointaines, le rythme de la chacarera, une musique du Nord de l'Argentine, qu'ils pouvaient frapper dans leurs mains. Parmi les tangos, on a entendu des standards comme la "Palomita blanca", "La vieja viola". Quant aux musiciens de tango, rock, musique folk, des hommes comme Raul Carnota (avec qui ils ont partagé la scène), Horacio Salgan, Chico Buarque, Luis Alberto Spinetta, Fito Paez ont marqué les compositions de ces représentants de la jeune scène musicale argentine. Lors du concert, on a ainsi entendu le magnifique "Que tuve que pasar" du premier album mais aussi beaucoup de chansons du deuxième album Un segundo, sorti en 2014, un album plus personnel, plus "intérieur", disent-ils : 
"La nostalgia de las cosas que vienen", Hoy pienso en enormes ventanas", une autre chanson composée par Marcos Monk dédiée au quartier où il est né, "Un cielo aparte", "Suerte", "Hay un lareleo en mi cocina"...
Leur musique mêle tradition, musiques populaires de leur pays et du continent tout entier mais aussi compositions originales fortement inspirées par ce riche passé musical. Leurs voix, douces parfois suaves que leur inspirent les chansons, sont à l'image de ce mélange : tandis que Marcos Monk a une voix plus éraillée faisant penser aux grandes voix traditionnelles, accompagné de l'instrument emblématique qu'est la guitare,


Seba Dorso a un timbre plus moderne, un brin charmeur, s'accompagnant au piano.
Parvenant à conserver leur personnalité sans qu'elles ne s'effacent dans ce duo, ils dialoguent avec leurs instruments dans une grande harmonie, les doigts qui courent sur le piano
font écho à ceux de Marcos Monk sur sa guitare.
 
Si l'on sent une grande complicité, une grande écoute entre eux, fruit d'un long cheminement musical et aussi amical, elle n'est pas une complicité de potaches. On ressent toute la profondeur de l'héritage musical qui les traverse. Les musiques sont tour à tour envoûtantes, mélancoliques, entraînantes. On est littéralement transporté par leurs reprises et leurs créations enchanteresses, loin de la férocité du monde. Un moment suspendu, heureux. Leurs sourires, leur plaisir à faire partager leur musique "al otro lado del mundo" est communicatif.
Les deux jeunes musiciens de 35 ans ne se sont pas fait priés pour faire plusieurs bis, une générosité qui les a portés à jouer des morceaux latino-américains connus de façon planétaire pour satisfaire l'envie de danser des spectateurs.
Ils espèrent que cette tournée européenne leur fera rencontrer d'autres musiciens pour de futurs concerts lors d'une nouvelle tournée dans un ou deux ans. De retour au pays, ils poursuivront leur travail sur un nouvel album qui sortira peut-être en 2018 et abordera des sujets plus en lien avec la société et la politique en argentine sur laquelle il pose un regard critique. Des musiciens à suivre dont on espère les entendre à nouveau dans le Sud-Ouest.  En attendant, pour ceux qui seront à Paris, le 8 novembre, ils pourront aller les écouter du côté de la cité universitaire, à la Maison de l'Argentine à 20h.
Texte et photos : Laura Sansot

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